La reconstruction

Nous avons vu précedemment l'importance de parler et de porter plainte. Mettre des mots sur le vécu est le point de départ de la reconstruction.
Celle-ci pourra prendre des mois, voir des années. La victime de tels actes doit réapprendre à faire confiance, et à se faire confiance. Différents passages se succèderont dans ce cheminement comme la colère (quelque fois même la haine), le désemparement le plus total, l'acceptation, le désir de renaître...
Il est souvent indispensable de se faire accompagner dans cette démarche par un psychologue ou un psychanalyste, même si l'on en voit pas l'utilité. Une psychothérapie ne "fait pas oublier" comme certaines personnes le pensent, mais elle permet de reconstruire sur ce qui a été détruit. Suite à ces actes, les victimes ont généralement de grosses difficultés à s'épanouir dans leur sexualité. Elles ont des blocages, refusent quelquefois tout désir même le leur. L'acte sexuel devient alors une situation qui leur rappelle ce qu'elles ont subi. Les comportements d'évitement sont des réactions post-traumatiques destinées à les protéger de la souffrance ressentie jadis. Le sentiment de culpabilité joue un grand rôle dans ce genre de traumatisme et ses conséquences, et la victime devra progressivement s'en libérer pour mener à bien ce travail psychologique. Il faut comprendre que rien ne justifie un viol, que le comportement de la victime n'est jamais la cause de l'agression, puisque le violeur nie la personnalité de sa proie qui est seulement pour lui l'objet destiné à assouvir son désir, et non un individu. Il ne laisse pas le choix à sa victime, il obtient ce qu'il veut grâce à la violence, la contrainte, le chantage ou grâce à une manipulation psychologique très bien menée.
Cette manipulation a souvent pour but de laisser penser à la victime qu'elle a choisi ce qui s'est passé, se déchargeant ainsi de toute responsabilité devant son acte. Ce n'est rien d'autre en réalité qu'une manoeuvre de sa part, qui peut aussi se dérouler sans aucune violence physique. Le sentiment de honte qui en découle est classique, et vraiment surréaliste quand on sait ce qui précède. Il est donc fondamental que chaque victime puisse affronter et revivre cet épisode dans un cadre thérapeutique (pour ne pas être seul et pour être guidé) afin de s'en guérir et de ne plus l'éviter (occulter un traumatisme ne le résout jamais) Même si ce travail demande beaucoup de courage, de patience envers soi et de disponibilité, il sera bénéfique à long terme.