Michel Onfray

Publié le par Marie

Vous connaissez ce philosophe ?

Qu'en penser vous ?

Michel Onfray


Comment avez-vous découvert la philo ?

Michel Onfray. Sur le marché, à Argentan, où j’habite. Je faisais le mur le mardi pour aller m’acheter des livres d’occasion et je me suis aperçu très tôt que et Nietzsche, Marx et Freud répondaient aux questions que je me posais. Je n’avais pas la foi. Je ne pensais pas que le christianisme était défendable. Je trouvais donc dans Nietzsche des invectives contre Dieu, une critique du christianisme, et cela m’emballait. Freud me parlait de moi puisqu’il parlait à l’adolescent que j’étais de masturbation, de sexualité infantile. Quant à Marx, mon père était ouvrier agricole, ma mère femme de ménage, l’exploitation, à la maison, on connaissait et il y avait là un philosophe qui me disait que ce n’était pas acceptable, que l’on pouvait faire autrement.

Une fois que vous avez eu votre thèse, pourquoi n’avez vous pas enseigné à l’université ?

Michel Onfray. J’avais vu que l’université était un endroit où l’on ne pensait pas, où il fallait reproduire le système social. J’avais déjà une sensibilité libertaire. Je n’aime ni commander ni obéir, pas davantage guider.

Donc, vous démissionnez. Vous décidez de créer l’université populaire. Pourquoi ? Après tout, il y a déjà des cafés philo ?

Michel Onfray. J’ai eu envie de garder ce qu’il y a de mieux dans l’université et ce qu’il y a de mieux dans le café philo. Ce qu’il y a de mieux dans l’université, c’est le contenu. Ce qu’il y a de moins intéressant, c’est la transmission d’un savoir officiel, souvent idéaliste, souvent spiritualiste, souvent chrétien, souvent laïque au sens néo-chrétien. Un certain nombre d’auteurs sont oubliés. Je trouve très bien que l’on enseigne Platon, Descartes et Kant, mais je trouverais bien qu’on enseigne les cyniques, Helvétius, D’Holbach, Feuerbach. Cela ne ferait pas de mal, en cette période de retour du religieux, de lire la Contagion sacrée. Des cafés philo, je voulais garder l’absence de diplôme à l’entrée ; à la sortie, l’absence de contrôle des connaissances, la gratuité financière. Mais aussi le fait qu’on vient si on veut, comme on veut, quand on veut.

À Paris, le Collège de France propose, lui aussi, des cours libres.

Michel Onfray. Oui. J’ai un copain qui me dit que ce je fais, c’est le Collège de France d’en bas. Le Collège de France, quand François Ier l’a créé, c’était pour faire le pendant à la Sorbonne. Aujourd’hui, pour un Bourdieu, et c’est tant mieux, ils ont quand même refusé Deleuze, ils n’ont rien proposé à Derrida !

Et alors, quel écho a rencontré l’université populaire ?

Michel Onfray. Six cents personnes sont venues au premier cours qui se déroulait dans l’amphithéâtre de l’école des Beaux-Arts. C’était l’émeute. C’était inespéré. On a passé l’année à 350. France-Culture a enregistré tous les cours, les a diffusés et a battu tous ses records d’audience de l’été.

L’idée de l’université populaire était chère aux utopistes du XIXe siècle. Pensez-vous qu’après la déflagration du vote Le Pen le temps est revenu d’aller vers les masses pour les éduquer ?

Michel Onfray. C’est très exactement cela. Il m’a fallu batailler pour imposer le mot " populaire ". On m’a dit " l’université populaire, c’est gauchiste, c’est communiste, c’est démagogue, c’est de la pub. Vous aurez du mal à trouver les fonds ". J’ai dit " tant pis ! ". Je propose le mot populaire au sens que lui donne Michelet, parlant du sort du peuple, c’est-à-dire ceux qui exercent le pouvoir minoritairement dans la société.

Je veux réactiver les universités populaires du temps de l’affaire Dreyfus. Les deux époques se ressemblent assez. Le Pen au second tour de la présidentielle fait la démonstration qu’on n’est pas très éloigné d’un antisémitisme aussi violent que celui qui sévissait du temps de l’affaire Dreyfus.

Les pauvres, les chômeurs de Moulinex, de Tréfimétaux poussent-ils la porte de l’amphi ?

Michel Onfray. La semaine dernière, un homme, à la fin du cours, est venu et m’a dit qu’il était ouvrier au chômage, qu’il avait pas mal galéré. Il y a un jeune, aussi, qui reste tout le cours avec son casque sur la tête, et qui a mis un an à poser une question. C’était tellement bien, d’ailleurs, qu’il ait osé le faire, qu’il ait pris le risque de s’exposer devant 500 personnes ! En même temps, je comprends que le type qui fait sa journée à l’usine n’ait pas envie de venir faire de la philo à 18 heures. Je ne suis pas ouvriériste. Il faut arrêter de dire : " Votre université est faussement populaire parce qu’il n’y a pas de beurs, pas de blacks, pas d’ouvriers ".

Ce n’est pas ce que je dis...

Michel Onfray. Si, un peu. Il se fait que le prolétariat n’est pas là. Je n’y peux rien. Même les syndicalistes, si enthousiastes au début, ils ne sont pas venus me voir en me disant : " Ça marche, qu’est-ce qu’on pourrait faire ensemble ? "

La classe ouvrière est pourtant particulièrement éprouvée dans la région...

Michel Onfray. Ce n’est pas spécifique à Caen que les ouvriers pensent s’en sortir en votant Le Pen. Ils ont tout essayé : la droite, la gauche plurielle, le Parti communiste qui, dans la gauche plurielle, a avalé toutes les couleuvres de Jospin. Aujourd’hui, ils disent : " Il y en a marre ! " Et ils savent bien qu’ils ne s’en sortiront pas avec un cours sur le chrétien épicurien Lorenzo Valla.

Ce sont donc les classes moyennes qui viennent ?

Michel Onfray. Oui. Et ce n’est déjà pas mal de pouvoir renouer avec elles, alors que la culture, d’ordinaire, est plutôt réservée à la bourgeoisie...

De la fromagerie d’Argentan à l’université populaire, en passant par le lycée technique, vous n’avez finalement jamais trahi votre classe ?

Michel Onfray. Oui. Et je n’ai jamais voté à droite, y compris au second tour de la présidentielle. Dans ma vie, je n’ai jamais rien fait qui puisse amener Chirac et Le Pen au second tour. Vous savez, il y a deux catégories d’intellectuels en France : ceux qui s’occupent de la misère " propre ", celle du tiers-monde, du conflit israélo-palestinien, de la Tchétchénie... Et puis il y a la misère " sale " des sans-logement, de la pauvreté, la misère sexuelle, affective, les effets du libéralisme au quotidien, celle dont s’occupait Bourdieu. Quand l’intellectuel ne s’occupe plus que des grandes questions du monde, qu’il n’en a rien à faire des gens qui votent Le Pen à 20 %, je me sens un peu seul, mais cela m’est égal.

Ne pensez-vous pas qu’une partie de votre public vient suivre votre cours comme s’il suivait une psychothérapie ?

Michel Onfray. Absolument. Je reste freudo-marxiste. Il n’y a pas de philosophie sans politique et sans psychanalyse. Servan-Schreiber voudrait que je fasse des chroniques dans Psychologies. Je lui réponds : " Non. Parce que, dans votre revue, il n’y a jamais place pour le social. " La philosophie est d’abord un art de vivre et de mieux vivre. Elle permet de se débarrasser des illusions. Les gens viennent effectivement à l’université populaire parce qu’ils en constatent les effets sur leur vie quotidienne. La philosophie peut être une thérapie. Tant mieux si on y fabrique du sens, si on y fabrique du lien social, si on rencontre des gens qui ne désespèrent pas !

Entretien réalisé par M. J.

Ma source est http://www.humanite.presse.fr


Voici son dernier livre "La puissance d'exister"





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Jules Aimé from poitiers 09/12/2006 12:45

je te conseille pour première lecture, soit la philosophie féroce suite de textes paru dans la presse, il te permet une approche facile et pédagogique de sa pensée.après il y a son antimanuel de philosophie , véritable manuel de philo fait par un prof qui adorait son métier, humour, dessin, photo tout y est.la suite demande une culture très lourde, autant quand il parlait de politique d'art ou d'histoire je m'en sortais, mais en psycho, psychanalyse, rapport au corps et gastronomie là, je luttais...

Jules Aimé from poitiers 03/12/2006 19:45

Bonjour Marie, moi aussi je découvre avec satisafaciton ton blog.Et quelle surprise d'y trouver un article sur le camarade Onfray. Je connaissais l'interview et l'avais moi-même mis sur mon blog. Cet homme à l'inverse de la philosophie ne dépend pas du Ying et du Yang : soit du l'aime, soit tu le détestes, mais il est très difficile de lui trouver un juste milieu car il ne nous en donne pas les moyens...ainsi l'ai-je découvert grâce à une émission d'arte, après en avoir parlé avec mon prof de philo j'ai avalé une dizaine de ses bouquins. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il décrit à merveille un monde qui en compte de moins en moins. Il à écrit dans ses différents livre sa pensée appliquée à un sujet :"la politique du rebelle" développe son édonisme libertaire sur un plan politique."traité d'athéologie" déconstruit le religieux."théorie du corps amoureux" démonte la sexualité occidentale et judéo chrétienne... reste aussi ses ouvrages sur la gastronomie, les voyages ses chroniques, ses manuels (tres drôles) ses cours à la radio...Personnelement, il me sert d'évasion tout en sâchant qu'il se fixe un idéal qui reste pour moi, pour nous intouchable au moins pour plusieurs siècles...Par contre ses analyses sont toujours pertinentes et sa déconstruction des religions fascinante pour l'athée radical que je suis...

Marie 05/12/2006 21:00

Hello Jules,Merci pour ta visite et ton message sur mon blog...Perso je n'ai encore rien lu de lui, je l'ai découvert dernièrement en écoutant la radio.Comme premier livre de lui tu me conseilles lequel ?A bientôt, au plaisir de te lire...

llgenn 02/12/2006 11:24

Le seul livre que j'ai lu de Michel Onfray est "Cynismes"... J'ai beaucoup aimé... non seulement parce qu'il est bourré de références historiques... mais aussi parce qu'il y fait un portrait de Diogène assez truculent...  Et d'ailleurs, avant d'écrire ce commentaire, j'ai cherché son livre... Que je n'ai pas trouvé... Probablement que je l'ai prêté... et qué déception de ne plus l'avoir... résultat ; je file me le racheter, histoire de retourner dans ces pages que j'ai lues il y a déjà quelques années !
Bon wik à toi Marie.
Laurence

gaiia 01/12/2006 16:59

j'adoooooooore Michel Onfray, grâce à lui, la philosophie est enfin vulgarisée, enfin accessible mais jamais banalisée, jamais maltraitée, bien au contraire, il permet de s'intéresser aussi aux autres philosophes, plus discrets.
super ce petit clin d'oeil pour lui, merci

Marie 02/12/2006 12:13

Hello gaiia,Merci pour ton message !En faite j'ai mis cette article pour un peu savoir ce que les gens pensent de Michel Onfray. Il me semble quand général les réponses sont positifs...Perso je l'ai découvert en écoutant la radio...et cela m'a touché.A bientôt, bises

keline 30/11/2006 19:24

j'ai une amie qui trouve qu'onfray est le meilleur philosophe vivant; Elle a fini par me convaincre de le lire et .. j'ai été déçue par son manque de chaleur et d'humanité  mais peut être aussi  il y  a un rapport avec elle ? elle le portait tellement aux nues ?j'essaierai à nouveau...je suis bien contente que tu ailles mieux!!!bisous Marie